Marc-Antoine & Clémentine PHANEUF & MELOIS (France)

Sont reproduits ici deux extraits de texte, l’un de Marc-Antoine K. Phaneuf, l’autre de Clémentine Mélois. L’un est comme une rampe de lancement et l’autre, une mare dans laquelle, après le saisissement initial, on finit par apprécier la baignade, on relaxe, on fait la planche et regarde défiler les nuages qui sont tous en forme de Colonel Sanders. Le baigneur planchiste, tout détendu qu’il est, finit par faire un mouvement dont les répercussions dans l’eau forment des ondes, des ondes textuelles et sérielles traçant des cercles de plus en plus larges jusqu’à la dernière ligne. La vitesse est constante. L’ensemble est atonal. Le Colonel Sanders, par la magie de la répétition, est partout. La dynamique est différente avec Clémentine. On commence menu, on s’accroupit au raz de la surface de travail, on fléchit les genoux pour mieux bondir et puis ça démarre : « lier, paner, barder ». Des gestes petits, minutieux, précis et énergiques. Graduellement, ajouter des syllabes : « écumer, émulsionner ». Et bientôt, d’un coup, ça prend. Et voilà que, carrément, on se surprend à « lécher la cuiller, chemiser le moule », à tout donner pour « mieux rester dans l’aventure » ! Une rampe de lancement pour sauteurs à ski en entraînement, l’été, quand les sauteurs, après les quelques virevoltes, retombent dans l’eau où, déjà, le Colonel Sanders s’ébroue.


Pourrait-on dire que Clémentine Mélois et Marc-Antoine K. Phaneuf se sont trouvés ? La formule induit des notions de hasard, voire même de destin. Et comme cette dernière pourrait heurter certains esprits cartésiens, nous nous abstiendrons de l’employer. Il est vrai cependant que les esthétiques et stratégies des Mélois et Phaneuf se rencontrent en divers points. Qu’on pense au choix des thèmes, d’un intérêt marqué pour le kitsch (esthétique et culturel), des procédés, du recours à l’humour… Vrai aussi qu’ils se sont tout de suite entendu comme larrons en foire. Une foire d’art actuel peut-être puisque tous deux sont à la fois poètes et plasticiens faisant ainsi le pont entre ces deux univers pour le plus grand plaisir des amateurs de culture bigames. Il faut dire que leur rencontre fut quand même un peu arrangée par la Maison de la Poésie de Nantes et par Rhizome (productions littéraires à Québec). Ensemble, ils ont planifié les itinéraires, aplani les obstacles, tout mis en œuvre pour que l’idylle entre les poètes-plasticiens-aficionados-du-kitsch soit totale. Ainsi, Marc-Antoine se rendit à Nantes où, en la bonne compagnie de Clémentine, il fit la découverte du terroir culinaire régional. Ainsi, Clémentine se rendit à Québec où elle fut poutinisée jusqu’à ce que satiété s’en suive. Le résultat de ces échanges croisés, outre une amitié que nous devinons durable, est une pseudo-conférence présentant une étude socio-poético-comparée sur la culture alimentaire de nos deux pays. Ensemble, diaporama à l’appui, ils présentent le résultat de leur collecte, une collection d’images glanées sur le terrain ou sur Internet et c’est vraiment là, autour de cette notion de collection, que nos protagonistes se sont réellement retrouvés. Tous deux glaneurs, extrapolateurs d’histoires ou de théories sociologiques à partir du moindre bibelot ou d’une collection de livres de recettes autopubliés, avec poésie et humour pince sans rire, ils réinterprètent notre réalité immédiate pour le plus grand plaisir de qui y assiste.

Simon DUMAS

Extrait de « Excellente dégustation », une création inédite de Marc-Antoine K. Phaneuf (Québec) & Clémentine Mélois (Nantes), enregistrée le mercredi 21 novembre 2018 au lieu unique (Nantes). En partenariat avec les productions Rhizome (Québec) et avec le soutien de l’Institut Français et de la Ville de Nantes, l’Entente de développement culturel de la Ville de Québec, le Conseil des arts du Canada.

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