Noémi LEFEBVRE (poète française )

On a dit, enfin certains disent à peu près ça, que l’on peut trouver un travail en traversant la rue, pour gagner sa vie. Noémi Lefebvre, écrit, dans Poétique de l’emploi, « J’évitais de penser à chercher un travail, ce qui est immoral, je ne cherchais pas à gagner ma vie, ce qui est anormal, l’argent je m’en foutais ».

Elle aurait pu écrire aussi je crois, pour répliquer à ce que certains disent sur le lien entre les rues à traverser et la vie à gagner : « Qu’est-ce que c’est que gagner une vie ? Dix leçons pour la gagner ? Comment on gagne ? Est-ce que gagner et obtenir sont synonymes ou bien gagner veut dire qu’il faut le prendre à quelqu’un. Et que gagne-t-on de sa vie quand on gagne sa vie ? Et est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux la perdre, ou s’y perdre si gagner sa vie c’est faire ce genre de choses que l’État libéral rangé et organisé attend de nous ». Peut-être aussi que Noémi Lefebvre hésiterait à faire traverser la rue à Martine, Martine qui dans L’enfance politique est réfugiée chez sa mère pour y vivre, y survivre mollement avec un petit bagage fait de désespoir immobile, d’un pessimisme analytique teinté d’un sens assez aigu du second degré.


Noémi Lefebvre est l’auteure de quatre récits publiés aux éditions Verticales : Poétique de l’emploi, L’enfance politique, L’état des sentiments à l’âge adulte et L’autoportrait bleu dans lesquels elle déconstruit, déplace en prenant beaucoup à contre-pied, faisant une place assez confortable à l’autodérision, au désenchantement, au désœuvrement. Elle est aussi membre du comité de rédaction de la belle et intrigante, sauvage à certains égards, revue franco-allemande La mer gelée, publiée par Le Nouvel Attila depuis les numéros « Chien » et « Maman ». Elle rédige un blog également accueilli par Mediapart dans lequel on peut la lire et notamment voir de petites vidéos qu’elle fait avec Laurent Grappe.

Noémi Lefebvre a dit au micro de Marie Richeux (France Culture) que « ce que l’on dit a du sens et que quand on dit que ça n’en a pas, il faut se méfier ». Continuons donc de nous méfier en traversant la route, regardons à droite et à gauche. Deux fois au moins dans Poétique de l’emploi elle fait dire à sa narratrice : « Il y a pas mal de poésie en ce moment. Vérifions ! »

Thomas GIRAUD

 

Lire les notes de lecture écrites par les lycéens dans La Gazette des Lycéens 2018

Lire l’interview de Noémi Lefebvre par les lycéens dans Entrevues

 

Lecture de « L’intelligence de la sardine », texte inédit écrit par Noémi Lefebvre et présenté lors d’une soirée intitulée « Démocratie : la poésie pour ré-investir le commun ? ».  À l’occasion du festival MidiMinuitPoésie #18, organisé par la Maison de la Poésie de Nantes. Enregistrée vendredi 12 octobre 2018 à Cosmopolis (Nantes).

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