Philippe KATERINE (chanteur/poète français)

Ce que je sais de la mort et Ce que je sais de l’amour sont des recueils de variations dessinées sur ces deux thèmes. Ils forment un ouvrage de Philippe Katerine, adapté pour la scène par lui-même et par Philippe Eveno. On peut présenter les deux comparses en quatre mots-clés : Mauvaises fréquentations, concorde, concept et enfance.


Premièrement donc, Mes mauvaises fréquentations : c’est le titre du troisième album de Katerine, paru en 1996, et celui à l’occasion duquel les deux Philippe ont collaboré pour la première fois. D’album en tournée en album en tournée, cette mauvaise fréquentation ne s’est plus guère interrompue. Quelques précisions sur Philippe Éveno : il est guitariste, compositeur, a notamment écrit pour et joué avec Anna Karina, Arielle Dombasle ou Les Vedettes. Il est également auteur de Gigi reine de la mode, livre-CD pour enfants, et co-auteur avec Helena Noguerra et Bruno Obadia de L’incroyable voyage de Piotr au pays des couleurs.


Deuxième mot-clé : concorde. On pourrait également dire harmonie, mais ça ne serait pas le nom d’un avion. La délicatesse des mélodies, la suavité de la voix jouent un grand rôle dans l’attrait qu’exercent – depuis le début – les chansons de Philippe Katerine. Le chant lui-même, le fait de chanter, y est primordial comme exutoire, accomplissement momentané, facteur de concorde intérieure et extérieure. Comme pouvoir en quelque sorte. Ce pouvoir est par exemple à l’œuvre dans les chœurs de Comme Jany Longo ou dans l’apaisant appel à tuer la poésie de Mort à la poésie. Il trouve peut-être sa plus forte expression dans Juif Arabe, chanson dont le cinquième et dernier mot, « ensemble », trouve sa réalisation, comme un vœu exaucé, dans les lumineux chœurs finaux.


Troisièmement : concept. On pourrait dire également dispositif, esprit de système – voire mauvais esprit de système – goût du paradoxe, du contrepied ou de la contradiction. Le travail de Philippe Katerine flirte bien souvent avec l’art contemporain, tel qu’il a joyeusement été inauguré par Marcel Duchamp, Dada ou Alfred Jarry. Quelques exemples : les chansons-slogans, presque ready-made, de l’album intitulé Philippe Katerine, les 24 vidéos (réalisées par Gaëtan Chataigner) qui les accompagnent ou encore l’incroyable scène du film Peau de cochon où l’artiste expose au regard d’un critique fort savant la collection de ses étrons.


Ce qui amène tout naturellement au quatrième mot-clé : l’enfance. C’est le moteur principal de « Peau de cochon », réalisé par Katerine en 2002. Ce film n’a pas été vu autant qu’il le mérite – c’est à dire par tout le monde. C’est un formidable exercice d’alliance de l’artiste avec son enfance. Laquelle a depuis envahi le travail de Katerine. Comme sujet, récemment encore dans la chanson Les enfants de moins de 3 ans, mais surtout comme état d’esprit voire comme méthode, comme manière d’être de plain-pied avec le monde et d’agir fidèlement à sa fantaisie.


Concorde, concept et fantaisie ferait un joli titre de comédie italienne. Ce serait aussi une bonne devise pour une république des enfants. Philippe Katerine – qui a déjà dirigé la France dans un film de Benoît Forgeard –en serait le président, Philippe Eveno aussi, au même titre que chacun des enfants qui la composeraient. Soyons tous enfants, nous serons tous présidents.

Laurent MARESCHAL

Lire les notes de lecture écrites par les lycéens dans La Gazette des Lycéens 2018

 

Conférence littéraire, « Ce que je sais de… » de Philippe Katerine & Philippe Eveno (réalisation vidéo), lors de MidiMinuitPoésie #18, samedi 13 octobre 2018. Enregistré au lieu unique, Nantes. Organisé par la Maison de la Poésie de Nantes.

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