Dominique FABRE (poète français)

Dominique Fabre par Phil Journe

Dominique Fabre

Il y a en littérature, comme au cinéma, ceux qui aiment les épopées sur écran large, et ceux qui préfèrent les focales resserrées, les gros plans, les visages, les destins individuels, ceux pour qui l’intime raconte l’universel, l’humble prime sur le grandiose. Dominique Fabre est de ceux-là. Son oeuvre en cours ( romans, nouvelles, poèmes) parle avec empathie et tendresse de ces petits qui ne le sont pas, des gens de peu qui valent tant. Une justice rendue aux héros du quotidien.

Une émission sur France Culture : « Pas la peine de crier ». Dominique Fabre en fut l’un des invités. Ça lui allait bien. Toute en douceur, mezzo voce, sans bruit, son écriture pour autant n’épargne pas le lecteur, elle dérange et bouscule. Elle est constat. « Tout le monde dort/ on est tous archi-fatigués », lit-on dans Les enveloppes transparentes, aux éditions de l’Attente. Plus loin :« Comment va la douleur aujourd’hui? » Les gens rencontrés ici sont las et pourtant follement désireux de vivre, ce sont des êtres souffrants, en perpétuel questionnement. Ainsi le narrateur des « Soirées chez Mathilde » ne sait pas qui aimer, des femmes ou des hommes.

Par goût de l’indécis on habite aux portes de la ville, aux frontières, dans des lieux sans identité, des endroits flous, où tout peut basculer. »Vraiment, qu’est-ce que je faisais là?…Il faut que je me soigne, je me disais parfois, mais bon. » C’est aux périphéries que se rencontrent les échoués, aux marges que sont les marginaux. Les cafés sont des lieux de sociabilité essentiels, où à défaut de refaire le monde, on se déprend de sa solitude. « Il offrait des demis à qui avait envie, à qui voulait boire avec lui. Parfois il tenait des discours sur la physique, les trous noirs et la théorie de la relativité, le sable et le vent des plages, ce genre de trucs… » Il y a des bruits de comptoir dans ces récits.

Et un bruit encore : »ce bruit du temps qui passe, et par moments les souvenirs qui vous envahissent vraiment comme une lame de fonds. » Il y a dans cette oeuvre une intense nostalgie, comme une petite musique. Dominique A lecteur assidu ne s’y est pas trompé et se dit « inspiré » par lui. Dans Les soirées chez Mathilde, il lit cette phrase « Aujourd’hui n’existe pas », il en fait une chanson. Certains textes sont comme des chansons, des poèmes, ce qui est un peu pareil. Lisant ce titre Je t’emmènerai danser chez Lavorel, je pense au bal chez Temporel de Béart, au bal perdu de Bourvil, aux baisers volés de Trenet. Pour autant ce n’est ni désuet, ni mièvre. La mélancolie ne l’est pas. Elle est féconde. Un regard triste sur l’enfance perdue, les rêves évanouis, les amis disparus, comme ce Callaghan qu’on veut retrouver, tous les rendez-vous manqués de la vie, les questions sans réponses, engendrent des oeuvres magnifiques. L’oeuvre de Modiano en est la preuve, et on pense souvent qu’entre les deux écrivains, il y a une communauté de regard. Tous deux arpentent les boulevards de ceinture, croisent des gens troubles, avancent doucement dans le flou des souvenirs.

On ne sort pas malheureux de cette lecture. Il y a là beaucoup de tendresse et d’amour, une douce énergie qui fait que, aussi absurde soit-elle, la vie vaut d’être vécue. Et un parfum, une musique qui sont la marque du poème.

Alain Girard-Daudon

 

Lire les notes de lecture écrites par les lycéens dans La Gazette Des Lycées 2018

Lire l’interview de Dominique Fabre par les lycéens dans Entrevues

 

Extrait de lecture de Dominique Fabre lors de MidiMinuitPoésie #18

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